Monday 20th of November 2017

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Contes de moelle
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Contes de moelle
Introduction
En famille
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Scène de famille…
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En voiture
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Contes

de

Moelle

(et autres aberrances)

©Saint-Aël 2010

 

 

Traduit de l’américain par Olam Salomon PICKER

Nouvelle version supervisée par Yves Philippe de FRANCQUEVILLE

 

 

Mon meilleur souvenir et mon affection sincère à un de mes arrière arrière arrière arrière arrière-grands-pères : l’honorable Edmé Jean Nicolas TRUELLE, seigneur de Chambouson.

Il sut prédire au monde, le 12 septembre 1756, l’assassinat raté du roi Louis XV par Robert François DAMIENS, le 5 janvier 1757…

Sans se faire écarteler en place de grève.

 

 


 

 

Le sable n’est pas toujours bleu sous mes pas.

Demain, peut-être ?

 

Je rejette les cris du passant, cependant sa langue enflamme toujours mon oreille.

Il est difficile d’éviter les arbres qui poussent sur la chaussée.

 

Je n’ai pas réussi ce matin à frapper le chien de ma concierge.

Il faudra ce soir encore marcher dans sa déjection, sur le seuil de ma chambre.

C’est la quatrième fois cette semaine.

 

Étrange.

 

Hier, je pouvais facilement le battre. C’était naturel pour lui : la manière la plus simple afin de lui prier de ne pas déféquer sur le pas de ma porte.

Alors, que se passe-t-il donc ?

Maintenant, lorsque je lève la main, rien… Soudain, plus rien !

Je perds le sens de sa conscience.

Comme une idée qui s’évapore…

Et toujours, sous mes pas, le repas de la veille au parfum détestable.

 

C’est la quatorzième chaussure qu’il me faut déposer dans le vide-ordure. Il est temps de songer à réagir, avant que cela ne me gagne le pied.

Davantage peut-être ?

Rien n’est simple aujourd’hui.

Demain aurai-je une idée nouvelle ?

 

Tous les chiens sont habitués à se comporter sainement face aux brimades humaines…

Alors, pourquoi celui-ci disparaît lorsque je désire justement le frapper ?

 

Ce soir, il ne mangera pas avec moi.

 


 

 

En famille…

 

 

Non loin d’ici...

 

Les rayons du soleil glissent et jouent sur le beau visage de Frantz.

Il est difficile de ce lever tôt cependant : bercé par le chant d’un oiseau, l’envie de rester blotti sous le gros édredon de plumes se fait tenace.

 

En ce début de printemps, il est fort dommage que le chauffage soit déjà coupé. La fraîcheur humide de la chambre n’invite pas à quitter la douce chaleur des grands draps blancs.

 

Même si la nuit fut courte, encore, le sommeil a été paisible.

D’un geste brusque, la main achève la sonnerie stridente du réveille-matin au lancinant tic-tac.

Frantz renvoie les couvertures au fond du lit.

Le voici douché, rasé et habillé en un instant... juste disposé pour un petit-déjeuner avalé rapidement.

 

Suzanne sera là d’ici dix minutes.

Dans bien moins de temps, il lui faudra se diriger vers le Centre.

La mission est trop simple aujourd’hui.

 

***

 

Aux yeux de tous, monsieur Brasseur est un homme rude, froid et distant.

Sa charge de directeur, il l’assume à merveille en laissant aux membres le pouvoir limité qui s’offre à chacun dans cette microsociété au service de la Cité.

 


 

Lorsque Frantz entre dans le bureau, il est déjà là à l’attendre.

 

Ce n’est pas habituel.

 

Avant qu’il ne puisse dire un mot, la lourde porte se referme.

Le téléphone sonne.

 

Monsieur Brasseur s’empresse de décrocher le combiné pour le déposer sur la tablette.

Frantz ne semble pas étonné de ce geste. Il reste figé.

 

Le silence est angoissant.

Une odeur de transpiration rend l’atmosphère saturée de la pièce à la limite du supportable.

Le chauffage doit avoir été poussé au maximum.

Les deux hommes ont conservé leur manteau.

 

Quelques minutes passent sans qu’aucun mot ne soit échangé...

 

Lorsque Frantz se décide à bouger, Rose entre.

C’est une demoiselle, une jeune fille qui n’a pas fini de grandir.

Paraissant dix-sept ans, elle en a vingt-six en réalité et se donne beaucoup de mal pour se vieillir — ce  qui est surprenant pour une femme, jolie de surcroît.

Elle tient dans ses mains fines, aux ongles bien taillés, deux dossiers volumineux.

 

Le rouge et le mauve.

 

Sans se soucier de Frantz, elle se dirige vers monsieur Brasseur et lui tend les épaisses chemises.

Sans dire un mot, elle sort.

 

Un parfum infime de musc rappelle sa venue.

 

Frantz frissonne à la vue des dossiers… Souvent il les avait remarqués, souvent sa curiosité s'était portée sur ces documents confidentiels dont seuls Rose et le directeur avaient l'accès.

 

Eût-il pu, il y a sept ans, seulement imaginer sa présence en ce centre un matin ; être face à cet homme qu'il ne craignait plus, qu'il ne redoutait plus.


 

Son courage, que personne n'avait jamais contesté, s'était transformé au fil des ans en une bravoure et une audace étranges, proches de la témérité.

Il est neuf heures à la pendulette du bureau. L'attente dure encore cinq minutes, puis, comme par enchantement, monsieur Brasseur se détend, ôte son manteau et invite Frantz à s'asseoir. Il raccroche le téléphone.

Le moment du dialogue est venu, il est temps pour ces deux hommes de combattre dans l'arène… Pour la gloire ou la mort.

Frantz tente sa chance : l'attaque !

Il se déleste de son loden tout en gardant la veste cachant sa poche revolver, le pose sur le dossier du fauteuil réservé aux visiteurs et s'assoit calmement, le dos bien droit, les genoux serrés.

Monsieur Brasseur ne semble pas surpris, et il est manifestement sur le point de parler lorsque Frantz, ne lui laissant pas le temps, prend la parole :

 

Notre rencontre me fait honneur, je ne m'y attendais pas de sitôt, surtout en terrain découvert.

Est-ce à propos de ma dernière mission, pour la prochaine, ou pour signer mon arrêt définitif dans ces affaires ?

Frantz ne cherche manifestement pas à perdre la main dans ce jeu mortel. Il continue sur sa lancée :

 

Vous pouvez parler. Le test du téléphone avec l'appel au florpe de détection a montré qu'il n'y avait pas de poste d'écoute dans ce bureau. Il est bien vrai que mon système ne vous est pas inconnu. Il vous dérange particulièrement ? Soit ! Cependant, vous devez bien savoir qu'il correspond au vôtre, si ce n'est quelques petits remaniements afin de le rendre plus efficace… À mon grand honneur, j'ai l'avantage d'avoir encore moins de sentiments apparents que vous.

Ma maîtrise est grandement supérieure aux autres élèves de cette école. Si vous désirez me radier, libre à vous d'agir, mais n'oubliez pas…

Suffit !

 

Monsieur Brasseur tente manifestement de garder son sang-froid…

Malheureusement pour lui, la situation : son âge — étant de vingt-trois ans l'aîné de Frantz — ne lui laisse pas la chance de venir à bout du jeune homme dans cette science de la déstabilisation.

L'adversaire est redoutable par ses attaques psychologiques.

 


 

Il lui faut reprendre le jeu en main le plus vite possible ; seul son grade peut le lui permettre…

 

Lieutenant, je vous somme d'adopter une tenue en fonction de votre grade.

À vos ordres, mon colonel.

 

Jamais monsieur Brasseur n'avait désiré cette rencontre. Depuis trois ans déjà qu'ils se trouvaient dans le même service, les dialogues échangés se limitaient au strict minimum… Tout se faisait dans la mesure du possible par personne interposée.

Ce jour est décisif, et il ne doit pas échouer.

Dans cette école, les élèves étaient formés afin de perdre toute attitude humaine en ce qui concerne les sentiments. Cela lui faisait horreur aujourd'hui, mais c'était son œuvre : créer des femmes, des hommes, étudiés pour exécuter des missions, sans se soucier des conséquences, afin que tout soit parfaitement réalisé. Cette œuvre lui avait valu les plus grandes considérations de l'État : il venait d'être inscrit au tableau des “ deux étoiles ”, alors qu'il avait juste 43 ans !

Mais savoir que son fils, à son insu, était entré — après sélection — dans ce cycle infernal, le rendait hors de lui.

Depuis trois ans, il gardait en lui cette rancœur et avait coupé tout lien avec cet être incapable maintenant du moindre sentiment.

 

Il ose lui parler :

 

Tu es toujours mon fils, et je te respecte comme tel. La mission qui te fut confiée par le commandant sans que j'en sois informé, tu l'as accomplie avec un sang-froid parfait, dont je devrais être fier…

 

“Tout acte exécuté dans le cadre du service ne doit en aucun cas donner lieu à des sentiments, quels qu'ils soient, de culpabilité ou de satisfaction.” J'ai juste exécuté un ordre.

 

Frantz jouait le jeu. Il se sentait programmé et pensait en disant cela qu'il éliminerait sans aucune hésitation l'homme en face de lui comme il venait d'abattre la veille d'une balle de son 22 L.R. son épouse pour tentative de trahison.

 


 

Il est incompréhensible qu'un maître puisse se marier et partager sa vie avec un autre : les passions font parler et rendent les gens vulnérables.

Son père est un faible… Il a aimé, il a parlé…

 

“L'ennemi est tout autour de vous : vous êtes seul, cela vous suffit… Vous êtes capable de tout. Vous êtes libre. N'hésitez pas à tuer… Car hésiter c'est mourir.”

 

Ses quatre années d'école l'ont programmé de façon étonnante. Il a vu mourir ou a dû abattre plus du trois quart de ses relations de travail. Difficile de saisir comment son père, si imparfait, si faible, a pu mettre au point un système aussi performant.

Frantz est le fruit le plus beau de ce chef d'œuvre qu'était l'école.

 

Monsieur Brasseur ne relève pas l'ironie de son fils.

Il ouvre son carnet de bord tiré de sa veste, et sur la page du jour, il note juste ces quelques mots :

 

le 12 avril 1983,

« FIN DES ACTIVITES »

 

 

 


 

 

 

Scène de famille…

 

 

L’ambiance est un peu tendue ce matin chez les BROTIER…

 

 

Monsieur : - Tu ne resteras pas une minute de plus dans ma maison.

 

Madame : - Je suis ici chez moi.

 

Monsieur : - Je paie les traites…

 

Madame : - Ma mère a versé la base refusée par ton père, si tu te souviens des propos du notaire !

 

Monsieur : - L’équilibre est depuis longtemps retrouvé.

 

Madame : - C’est toujours la même rengaine.

Je te déteste.

Tu es l’homme le plus lâche rencontré à ce jour…

 

Monsieur : - …Et j’ose dire que tu en as connu beaucoup avant moi.

Ce n’est pas terminé d’ailleurs : tu arrives encore à galoper même enceinte !

 

Madame : - Salopard !

 

Monsieur : - C’est plutôt toi la salope !

 

Madame : - Je ne t’ai certainement pas trompé.

Ta jalousie est une vraie maladie.

 

Monsieur : - C’est un cauchemar ou quoi ?

Me voilà de nouveau coupable.

 

Madame : - Je t’ai pourtant aimé !

 


 

Monsieur : - Ah oui ?

Tu as aimé ma position sociale et mon compte en banque.

Ta spécialité a toujours été de me pourrir la vie…

 

Madame : - C’est détestable… Ahr…

 

Monsieur : - Quoi ?

Encore un malaise ?

Sauras-tu un jour réussir quelque chose comme il se doit ?

 

Madame : - Tu sais très bien que la gynécologue a demandé du calme pour mon enfant.

 

Monsieur : - C’est surtout primordial que tu sois un peu moins excitée pour la santé de mon petit.

 

Madame : - Je suis libre de mon corps.

 

Monsieur : - En respectant mon fils.

Ne te crois pas un seul instant en mesure de te l’accaparer, vu tes dires à son sujet.

 

Madame : - Tu en refusais bien cependant la paternité…

 

Monsieur : - Non.

Pas du tout.

J’ai juste vérifié si tu n’avais pas laissé l’un de tes amants profiter de ma crédulité !

Je sais maintenant avec certitude qu’il est de moi. Je veille donc à ce qu’il aille bien.

 

Madame : - Tu t’intéresses enfin à quelque chose d’autre que toi et tes fichus bouquins, maintenant ?

 

Monsieur : - Ah, comment parler ainsi d’un enfant à venir ?

Tu ne mérites vraiment pas d’être mère.

 

Madame : - La morale me vient d’un époux violent et obsédé…

 

Monsieur : - Moi, violent ?

Moi, obsédé ?

 


 

Madame : - Parce que tu crois que j’ai du plaisir à écarter les cuisses tous les soirs ?

 

Monsieur : - Si tu ne t’envoyais pas en l’air dans la journée avec tout le voisinage, tu serais heureuse de me retrouver chaque nuit.

Tu es ma femme et je suis ton mari.

 

 

Madame : - Vieux con !

Ta vision du couple et du sexe date de ton grand-père !

Nous sommes vraiment trop différents…

 

Monsieur : - Je t’ai toujours respecté !

 

Madame : - Sauf tous les soirs où je ne souhaitais pas te voir me grimper dessus.

 

Monsieur : - Pourtant tu prenais bien du plaisir…

 

Madame : - Oui, à savoir qu’après tes gémissements, j’allais être libre et tranquille jusqu’à la prochaine fois.

 

Monsieur : - J’hallucine. Est-ce de ma faute si tu es frigide.

 

Madame : - Tu rêves !

Je sais jouir en toute liberté, mais pas avec un minable.

J’ai envie de te casser la tête pour me débarrasser enfin de toi !

 

Monsieur : - Non, tu ne vas pas encore être violente.

Ce n’est plus moi qui suis en danger, c’est pour mon petit, cette fois.

S’il te plaît !

Je t’en supplie…

 

Madame : - Tais-toi.

Ah, mais tais-toi donc !

Tu n’es rien !

Dans chacun de tes mots, de tes regards !

…Rien qui ne puisse être admiré !

Comprendras-tu un jour que je ne suis pas à toi ?

Mon corps m’appartient, comme cette chose qui me déforme.

 


 

Monsieur : - Que nous divorcions ou non, je suis et je resterai le père de cet enfant que tu méprises déjà.

 

Madame : - Tout sera fait pour qu’il ne te ressemble pas. Il est trop tard hélas, pour le faire avorter légalement.

 

Monsieur : - Je suis si heureux que tu ne l’aies pas fait.

 

Madame : - Tu m’as bien endormie avec tous tes cadeaux pour être odieux maintenant que le terme approche.

 

Monsieur : - Je ne pouvais pas laisser disparaître un héritier !

 

Madame : - Cette triste aventure a été peut-être commencée à deux, soit, mais c’est bien moi qui le porte, ton monstre.

J’achèverai cette histoire sans forcément avoir besoin de toi…

 

Monsieur : - Je suis le père…

 

Madame : - Non !

Simplement le géniteur.

Dès sa naissance, tout sera étudié pour le protéger de ta bêtise !

 

Monsieur : - C’est un projet réalisé à deux, qui se poursuivra impérativement avec moi !

 

Madame : - Tu peux rêver encore…

J’ai été manipulée !

Ahr, il m’achève, c’est atroce…

Ahr… c’est trop douloureux…

 

Monsieur : - Je prépare ma voiture.

Allons voir la gynécologue.

 

Madame : - Tu crains peut-être soudainement pour ma santé ?

 

Monsieur : - Tant que tu portes mon fils !

 

Madame : - Je pourrais bien me laisser crever pour que ta famille s’épargne une descendance dégénérée !

Un père nul, un grand-père nul…

 

Monsieur : - Respecte au moins la mémoire de mon père, s’il te plaît.

 

Madame : - Vite, j’ai trop mal… Ahr…

 


 

En Voiture…

 

 

Madame : - Tu peux rouler plus calmement…

 

Monsieur : - Ah, le con…

 

Madame : - Laisse-le vivre !

 

Monsieur : - Je déteste la manière de conduire de tous ces prolos.

 

Madame : - Applique-toi juste un peu : je préfère finalement arriver entière.

 

Monsieur : - Oh !

Je suis encore  le maître de mon véhicule ?

 

Madame : - Ah ça oui !

Là, tu règnes enfin en petit chef…

 

Monsieur : - Tais-toi.

Pense à te ménager.

Dès que tu ouvres la bouche, c’est pour être méchante…

 

Madame : - Ah oui ?

Mais dis-moi donc : prendras-tu encore soin de moi… une fois ce très cher bébé mis au monde ?

 

Monsieur : - Ma mère est impatiente de m’aider.

 

Madame : - Ah non, jamais !

 

Monsieur : - Tu es bien trop fatiguée pour élever un enfant.

La grossesse est déjà un calvaire pour toi… laisse les spécialistes et ceux capables de donner un peu d’amour, prendre la responsabilité d’une éducation !

Tu auras une grasse pension pour te reposer : mon avocat a tout prévu.

 


 

Madame : - Mon avocat aussi a tout prévu… Il a un dossier en attente sur tes actes de violence et ton incapacité à élever qui que ce soit !

 

Monsieur : - Que des mensonges [« Mensonges ! » ou « Mensonges que tout cela »].

Une accumulation détestable de bêtises et de coups bas.

Tu sais bien que c’était toi qui me frappais.

 

Madame : - Ah, et tu veux encore essayer de porter la culotte ?

J’ai cependant des preuves de tes actes violents !

 

Monsieur : - Oui, j’ai hélas répondu une fois pour me protéger.

Tu en as profité pour réaliser un superbe dossier de plaintes injustifiées.

 

Madame : - Mon avocat sera à la hauteur !

 

Monsieur : - C’est un minable petit gamin surexcité.

Mon ténor en fera une bouchée. Et j’ai un nom, des relations !

 

Madame : - Je viens peut-être de ma campagne, mais j’ai aussi du soutien pour te voir plier !

Ahrg… C’est atroce…

 

Monsieur : - Accroche-toi, nous sommes arrivés.


 

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